Oui, je blog peu, je l'admets...
Je suis sans cesse par monts et par vaux,
Ici ou ailleurs mais assurément quelque part,
Et j'en perds et mon latin et mes mots,
Car impatiente, je sors du monde virtuel
Pour me perdre dans le réel...
Et je m'y suis bel et bien perdue!
Perdue pour quelques "Happy Hour" à l'ambiance festive.
Perdue lors de soirées entre amis aux thèmes variés.
Perdue dans de petits restaurants à la convivialité exquise.
Perdue à un concert au bout du monde.
Perdue dans les méandres de dîners entre filles en mode "Sex and the City".
Perdue, somme toute, un peu partout.
Excepté dans une salle de cinéma...
Lasse d'évoluer entre films insignifiants ou décevants, j'ai fini par boycotter, un peu contre mon gré, les salles obscures ces quelques dernières semaines.
Légèrement désespérée de n'avoir pas de matière pour un nouvel article cinéma, j'ai décidé de passer outre le peu de films visionnés et me pencher sur celui qu'il me tardait de voir pour cette rentrée 2007, j'entends l'adaptation cinématographique du roman "99 francs" de Frédéric Beigbeder par Jan Kounen.
Ce n'est pas un secret, Frédéric Beigbeder est un écrivain que j'apprécie beaucoup, tant par sa plume que par l'ambiance qui se dégage de ses romans.
Bons mots, pensées cyniques et phrases persiflantes... le ton, provocateur parfois, peut certes déplaire, mais je me suis toujours attardée grandement sur ce genre de littérature qui m'épargne tous clichés d'une éventuelle mièvrerie.
J'aime le côté désabusé qui émane de l'ensemble, l'ironie utilisée comme une arme, quelques sarcasmes en prime et le désespoir en ligne de mire. Dans cet optique, il m'a toujours semblé que "99 francs" était le meilleur des romans de Beigbeder, celui dans lequel il excellait, celui qui dégageait un vrai message et dénonçait ouvertement une société de consommation trop excessive tout en donnant une description on ne peut plus métaphorique du malheur dans lequel un homme peut sombrer.
Forte des souvenirs et impressions que m'avait laissé le livre, je me suis précipitée sur le film, l'air plutôt enthousiaste.
J'en suis ressortie légèrement moins conquise que prévu pourtant.
Je ne dirais pas que le film est mauvais en soi car ce n'est pas le cas (surtout quand on constate tout ce qui peut sortir sur grand écran chaque semaine!) mais il me semble qu'un spectateur pourrait d'avantage l'apprécier sans avoir lu le roman au préalable.
Le réalisateur s'est en effet laissé aller à de nombreuses fantaisies qui s'éloignent beaucoup de l'histoire initiale, la dénaturant par moment. Le scénario est finalement assez décousu, passant d'un fait à un autre, d'une hallucination à un flashback, puis à l'histoire du moment présent et l'on finit par se perdre dans ce joyeux désordre.
Déception également du point de vue de l'aspect dénonciateur que l'on retrouve de façon trop estompée à mon goût. Le sujet est surtout abordé au tout début du film puis à la fin, par de petites phrases écrites, avant que ne commence le générique. Les allusions sont donc présentes mais peu mises en valeur. La force du roman de Beigbeder quant à lui était précisemment ces phrases chocs que l'on retrouvait au fil des pages et qui rendait l'ensemble incisif, agressif, et par conséquent marquant.
Jan Kounen s'est lui, d'avantage inspiré des délires d'Octave Parango, le héros, que de la dénonciation pure et dure. On retrouve ainsi de nombreux passages ou Octave, drogué et au bord de l'overdose, évolue dans un monde qui, semble t-il, n'a plus rien de rationnel. Les prises de vue sont bonnes, l'effet réussi mais l'aspect principal du roman est finalement relégué au second plan et j'ai sincèrement trouvé cela dommage...
Tout n'est pas négatif cependant.
Jean Dujardin, métamorphosé dans le rôle du publicitaire Octave Parango, est plus que concluant. A la fois délirant mais surtout tragique, l'acteur nous livre un jeu d'une grande sincérité, bien épaulé par un Jocelyn Quivrin en grande forme.
On notera également les petites apparitions magiques du vrai Beigbeder qui surgit dans les visions d'un Octave perdu en plein "bad trip". De brefs passages mais qui prêtent à sourire assurément!
Enfin, si Jan Kounen n'a pas mis en avant ce qui me paraissait être le plus important au sein du roman, il a su à merveille saisir l'ambiance du milieu publicitaire dans lequel évoluent les personnages et y ajouter une touche déjantée décidemment pas désagréable du tout ^^
En bref, le film est à voir car il a une réelle consistance, témoigne avec crédibilité d'une descente aux enfers et a l'avantage d'avoir bénéficié d'un bon montage et d'une musique parfaitement adaptée.
A déconseiller cependant aux réels amateurs du livre, la déception risquant d'être rude.
Il ne faut pas oublier non plus que "99 francs" dénonçant fortement la société de consommation et tout ce qui touche au milieu de la publicité, la plupart des chaînes de télévision n'ont pas voulu le coproduire afin d'éviter un éventuel conflit avec les annonceurs publicitaires. On peut comprendre ainsi que certains propos aient pu être nuancés voire omis.
Pour finir, on est bien loin (heureusement) du fiasco de l'adaptation de "Hell" de Lolita Pille sur grand écran.
Quant à moi, je m'en retournerai bien vite me perdre dans un cinéma...
Le dernier Claude Miller est enfin sorti: Un secret
Le prochain Gus Van Sant ne devrait pas tarder, je m'en réjouis d'avance: Paranoid Park
Et un magnifique documentaire est en ce moment même dans les salles: Un jour sur Terre

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